Bien que ce soit un vaste sujet que je ne maîtrise pas bien, je vais vous parler au mieux de mes connaissances de la plasticité du cerveau chez le jeune enfant et vous apporter quelques éléments d'informations à ce sujet.
Tout d'abord, il faut savoir que, si le développement du cerveau se fait normalement durant la gestation, les neurones produits (processus appelé "neurogenèse") se retrouvent à certains endroits précis dans le cerveau au moment de la naissance. La neurogenèse et la migration des neurones vers leur emplacement dans le cerveau seraient des mécanismes génétiquement déterminés. Et, déjà avant la naissance, des connexions entre les neurones se créent (les synapses ou connexions synaptiques). Ce processus (appelé "synaptogenèse") se poursuit après la naissance à un rythme effréné et le résultat est que le nombre de synapses chez un jeune enfant devient incroyablement élevé. En fait, le nombre de connexions synaptiques est bien plus élevé que chez un adulte ! Par exemple, un enfant âgé de 1 an posséderait environ 2 fois plus de connexions synaptiques que sa mère (ou son père, bien sûr !). C'est un fait important à savoir car cela va vous permettre de mieux comprendre la notion de plasticité du cerveau chez le jeune enfant.
Donc, un jeune enfant (par exemple, 2 ou 3 ans) se retrouve avec un nombre considérable de connexions synaptiques. A quoi cela lui sert-il ? Je vais prendre un exemple dans le domaine du langage pour essayer de répondre à cette question. Il faut savoir qu'il a été assez clairement démontré que le cerveau d'un jeune enfant a le potentiel de reconnaître (ou entendre) tous les sons de chaque langue existante. Par "reconnaître ou entendre", je veux dire que l'enfant est capable de faire la distinction entre, par exemple, le /th/ anglais et le /t/ français, c'est-à-dire que ces sons lui apparaissent différents. Il en serait ainsi de même avec tous les sons de toutes les langues. La conséquence est que, potentiellement, un enfant doit normalement être capable d'apprendre n'importe quelle langue existante, s'il est bien sûr exposé à cette langue dans son environnement immédiat. Et, pour que cette potentialité soit possible, il faut le substrat neuroanatomique adéquat, d'où le nombre considérable de connexions entre les neurones ! Ainsi, au départ, le cerveau du jeune enfant est considéré comme extrêmement "plastique" car il aurait la capacité d'apprendre n'importe quelle langue humaine, et cela dans le respect total de l'accent de cette langue ! Cependant, après quelques années passées dans un environnement où l'on ne parle que le français par exemple, seules les connexions activées par les sons français auront été renforcées. Et, suivant le principe du "use it or lose it", les autres connexions auront été affaiblies (avec la diminution du nombre de synapses), d'où la plus grande difficulté à apprendre une nouvelle langue lorsque l'on est plus âgé, d'où la difficulté à parler cette nouvelle langue sans aucun accent. Ce phénomène a amené un chercheur à dire que si vous n'entendez pas les sons de votre seconde langue (par exemple l'anglais pour un Français) avant l'âge de 10 ans, vous ne serez pas capable de parler cette langue avec exactement le même accent qu'un Anglais de souche. Avec des efforts et de la pratique, vous serez bien sûr capable d'apprendre à parler cette langue mais pas aussi facilement et sans accent comme un jeune enfant peut le faire.
Dans la 2ème partie de ce message, je vais vous montrer à quoi pourrait servir le nombre considérable de synapses lorsque le cerveau du jeune enfant subit un dommage important. Vous verrez alors que la plasticité du jeune cerveau peut être assez impressionnante...