Affichage des articles dont le libellé est psychothérapie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est psychothérapie. Afficher tous les articles

jeudi 8 mai 2008

Les travaux de Jeffrey Schwartz sur les troubles obsessionnels-compulsifs (2ème partie)

Ce message est consacré à la description du traitement cognitif-comportemental élaboré par le psychiatre Jeffrey Schwartz, lequel a eu pour conséquence de diminuer les symptômes obsessionnels-compulsifs et de modifier le fonctionnement de certaines parties du cerveau (voir la 1ère partie de ce message).


Il s'agit d'un traitement composé de 4 étapes (d'où le nom du traitement : "Four Step Method") :



  • La 1ère étape, appelée "Relabeling", consiste a permettre au patient de prendre conscience que les pensées obsessionnelles-compulsives sont causées par un dysfonctionnement de son cerveau et que ces pensées sont donc les symptômes d'une maladie d'origine neurologique. Ainsi, les patients sont amenés progressivement à "observer" consciemment leurs pensées obsessionnelles-compulsives, à ne pas les repousser et à se dire que ce sont bien des pensées intrusives, non volontaires, qui proviennent d'un déséquilibre biochimique du cerveau. Ils en arrivent alors à "réétiqueter" ce qui leur arrive en se disant, par exemple : "Le problème que je vis présentement n'est pas que je dois absolument me laver les mains ; il s'agit plutôt d'une pensée intrusive, provenant d'un dysfonctionnement de mon cerveau, qui me dit que je dois me laver les mains sinon je vais subir une terrible maladie". A cette étape, l'angoisse et le sentiment d'urgence provoqués par les pensées obsessionnelles-compulsives ne disparaissent pas mais le patient apprend à mieux comprendre ce qui lui arrive réellement et à se "dissocier" peu à peu de ces pensées "fausses et trompeuses" ("false and misleading") . Ce ne sont pas mes pensées mais bien les symptômes d'une maladie neurologique !

  • La 2ème étape, appelée "Reattributing" est intimement liée à la 1ère et va seulement un peu plus loin dans le processus déjà commencé. Elle consiste à expliquer pourquoi les pensées obsessionnelles-compulsives reviennent constamment, pourquoi certains circuits neuronaux sont comme "bloqués" et "tournent en rond". Avec images du scanner à l'appui, il s'agit d'expliquer clairement et plus en détail le dysfonctionnement cérébral à l'origine du trouble. Ainsi, le patient est amené à attribuer (d'où le terme "reattributing") les pensées intrusives à des "messages" aberrants générés par un dysfonctionnement spécifique du cerveau.

En résumé, la 1ère étape consiste à savoir ce qui se passe et la 2ème à mieux comprendre pourquoi cela se passe de cette manière. Ces étapes sont importantes pour augmenter la compréhension et la prise de conscience du trouble afin de "préparer le terrain" pour les 2 étapes suivantes, qui vont davantage consister en une prise de contrôle consciente et volontaire du trouble.

  • La 3ème étape, appelée "Refocusing", est au coeur du traitement et est basée sur la notion d'effort volontaire ("willful effort") afin de diriger son attention vers une pensée autre que la pensée obsessionnelle, vers un comportement autre que le comportement compulsif. Cette étape nécessite un effort conscient et systématique de la part du patient. Chaque fois qu'une pensée obsessionnelle-compulsive apparaît, maintenant que le patient connaît et comprend d'où vient cette pensée (voir les 2 premières étapes), il s'entraîne à rediriger son attention vers une habitude, un comportement familiers et agréables (par exemple, marcher, cuisiner, jardiner, faire du tricot, etc.). Ce n'est pas facile et cela demande un effort d'attention soutenu car la pensée obsessionnelle-compulsive est toujours là et provoque de l'anxiété. Il s'agit de la partie la plus difficile du traitement et celle qui va entraîner les modifications dans le fonctionnement du cerveau.
  • La 4ème étape, appelée "Revaluing", a pour objectif de "changer la valeur", de changer le sens de ce qui arrive au patient, à la lumière des 3 précédentes étapes. Ainsi, il reconnaît et ressent pleinement que les pensées intrusives sont fausses, sans significations, sont des "produits toxiques" émanant du cerveau ("toxic waste from my brain") et peuvent être consciemment et volontairement "affaiblies" par d'autres pensées et comportements.

samedi 3 mai 2008

Les travaux de Jeffrey Schwartz sur les troubles obsessionnels-compulsifs (1ère partie)

Au cours des années 1980 et 90, le psychiatre Jeffrey M. Schwartz (de l'université de Californie à Los Angeles) a élaboré un traitement des troubles obsessionnels-compulsifs basé sur la plasticité du cerveau. En voici un résumé. Pour les personnes désirant en savoir plus à ce sujet, vous pouvez consulter la liste des livres recommandés.


Bref rappel : le trouble obsessionnel-compulsif est une maladie neuropsychiatrique caractérisée par des pensées intrusives, répétitives et "non voulues" par la personne, lesquelles entrainent un besoin irrépressible de réaliser certains comportements (la plus connue par le grand public est l'obsession-compulsion de se laver les mains, mais il en existe beaucoup d'autres).


Dans un 1er temps, Jeffrey Schwartz a réalisé des scanners cérébraux (technique d'imagerie médicale) visant à comparer des personnes avec un trouble obsessionnel-compulsif et des personnes ne présentant pas ce trouble. L'objectif était de mieux comprendre le trouble sur les plans neuroanatomique et neurophysiologique afin de pouvoir, sur base de cette meilleure compréhension, élaborer un traitement plus efficace de cette maladie. Sans entrer dans les détails, cette analyse a démontré que 3 parties précises du cerveau sont "hyperactives" chez les personnes avec un trouble obsessionnel-compulsif.


Dans un 2ème temps, le psychiatre a progressivement élaboré un traitement de type cognitif-comportemental (voir la 2ème partie) et l'a appliqué avec des personnes obsessionnelles-compulsives. L'idée générale était de créer un traitement qui "normaliserait" le fonctionnement hyperactif des parties du cerveau impliquées dans la maladie et, par conséquent, diminuerait les symptômes de manière significative. Pour vérifier l'impact du traitement sur le cerveau, un scanner cérébral était administré avant le début du traitement et après la fin de celui-ci.


Le traitement, parfois en combinaison avec une médication antidépressive, a donné de bons résultats, même avec des personnes souffrant d'un trouble obsessionnel-compulsif sévère. Comme nous le verrons dans la 2ème partie de ce message, le traitement avait pour objectif de créer de nouvelles connexions neuronales en "affaiblissant" le circuit neuronal impliqué dans la maladie (c'est-à-dire le circuit formé par les 3 parties simultanément "hyperactives"). Les scanners réalisés après le traitement chez les personnes dont les symptômes avaient diminué de manière significative ont clairement montré des différences dans le fonctionnement de leur cerveau, avec une diminution de l'activité dans les 3 zones impliquées.


Ainsi, cette recherche a pu démontrer qu'un traitement cognitif-comportemental (faisant, entre autres, appel à la volonté consciente et dirigée de la personne) a eu pour conséquence de modifier le fonctionnement électro-chimique de certains circuits neuronaux.
over-blog.com